Vers huit heures et demi, neuf heures moins quart - dernier carat - je commence à boire.
Ma copine qui m'aime remplit mes verres pour que je ne manque pas - d'ailleurs je ne manque pas d'elle non plus !
A midi trente je n'ai pas - plus pardon - faim. Ma copine déjeune seule. On évite les remarques. Alors je me couche.
Là, parce que je ne suis pas assez saoul, je ne dors pas, gamberge et gamberge.
Rien n'en fini. Je pense à elle qui vient me voir avec son coeur, qui m'abreuve et supporte mes humeurs.
Rien n'y fait, je bois.
Aujourd'hui j'ai fait détartrer mes dents. Mais le problème c'est la mâchoire. Bénéfice de l'alcool qui hypothèque mes dents.
Je me dit que je boirai à la paille en me reservant.
Chaque jour c'est une fin et au matin le début.
D'ailleurs au début de ce matin j'apprends que ma copine a une maladie rare. Ca se soigne mais on n'en guérit pas.
Je me sers, l'heure est grave.
de lire "Putain d'Olivia" de Mark SaFranko, un extrait du chapitre 25 (les premières lignes) :
"Le pire de toute souffrance, c'est sa banalité absolue. Comme une démangeaison qui refuse de se calmer, tu grattes et tu griffes ta blessure jusqu'à ce qu'elle s'envenime, s'infecte et suinte son horrible pus. Mais sauf à te jeter par la fenêtre ou à te faire sauter la cervelle, le monde ne voit rien, sait rien, comprend rien à ton supplice, quel qu'il puisse être. Car c'est pas comme si tu livrais bataille dans une guerre menée pour la grande cause, les sens bien en éveil. Non : c'est rien que toi, et toi seul, avec ta misère ordinaire, ta rage de dents commune. Jour et nuit elle te ronge, jusqu'à ce que finalement il te reste plus qu'à rire de toi-même : s'il te reste un tant soit peu d'humour..." [...]
I met a genius on the train
today
about 6 years old,
he sat beside me
and as the train
ran down along the cost
we came to the ocean
and then he looked at me
and said,
it's not pretty.
it was the first time I'd
realized
that.
in At Terror Street and Agony Way, poems 1965-1968, Charles Bukowski